La respiration et nos émotions

« Respire par le nez! » 

Combien de fois avons-nous entendu quelqu’un nous dire cette simple phrase ou avons-nous dit à une personne proche de nous de « respirer » dans une situation stressante ou douloureuse pour l’aider à se sentir mieux? C’est effectivement une bonne stratégie! 

La respiration est intimement liée aux centres émotionnels de notre cerveau. Elle nous permet de sentir les odeurs et nous aide à recueillir des informations sur notre environnement ainsi qu’à former des souvenirs. Nous utilisons notre souffle pour communiquer par la voix ou nous exprimer par le chant, deux fonctions qui reposent sur les muscles du tronc mentionnés dans l’article précédent. La façon dont nous respirons nous connecte aux gens qui nous entourent. C’est notamment grâce à la respiration que nous remarquons qu’un individu est agité ou anxieux. Leur voix change, leur respiration devient rapide et superficielle. Au contraire, vous vous souvenez peut-être d’avoir observé quelqu’un détendu, assis en train de lire un livre, respirant lentement et profondément. En revanche, un grand soupir venant d’un conjoint ou d’un membre de la famille peut communiquer une toute autre série d’émotions! 

Respirer consciemment

Nos états émotionnels influencent définitivement nos patrons respiratoires. Des études ont établi que nos pensées peuvent changer directement notre patron respiratoire et affecter par la suite nos systèmes et nos processus pathologiques. En fait, il a été montré que la simple prise de conscience de notre respiration a une influence directe sur l’anxiété, la douleur et la régulation de nos émotions. Inversement, nous pouvons apprendre à modifier notre respiration consciemment et à l’utiliser comme outil pour changer nos pensées et nos émotions. Lorsque nous ralentissons et approfondissons notre respiration, notre corps se détend. Cela peut nous aider à mieux gérer ou même laisser aller des pensées ou des émotions désagréables. Les prochains articles aborderont ces concepts plus en détail. 

Nous pouvons emmagasiner de la douleur psycho-émotionnelle ou des traumatismes sous forme de tension physique ou même de douleur physique.  

Prenez l’exemple de Marie : Elle a eu un accident de voiture alors qu’elle traversait une intersection près de chez elle et s’est blessée au cou. Un an plus tard, sa blessure est complètement guérie et elle a repris toutes ses activités. Pourtant, chaque fois qu’elle passe devant cette même intersection, elle ressent une douleur au cou, comme si elle venait de se blesser! La douleur disparaît peu de temps après. Comment expliquer ce phénomène? 

La douleur est l’une des réponses du cerveau, comparable à la sensation de faim ou de soif. Lorsque nous avons faim, notre cerveau nous communique que nous devons manger parce que notre niveau d’énergie est faible. Lorsque nous ressentons de la douleur, notre cerveau essaie de nous protéger ou de nous avertir d’un danger potentiel. La douleur que Marie a ressentie lorsqu’elle s’est initialement blessée au cou était probablement liée aux tissus blessés. Les structures blessées communiquaient à son cerveau qu’il y avait un problème, puis son cerveau lui faisait ressentir de la douleur pour l’empêcher de surcharger son cou pendant sa guérison. 

La douleur peut toutefois survenir en l’absence de lésion tissulaire, ce qui peut expliquer la douleur de Marie un an plus tard. Le cerveau apprend des expériences passées et peut essayer de la protéger de blessures futures. Il a associé cette intersection particulière au « danger ». Il y a peut-être une émotion sous-jacente telle que la peur qui influence sa réponse chaque fois qu’elle traverse cette intersection. Il est même très probable que sa respiration change en même temps! 

C’est ici que cela devient intéressant!

La respiration peut ainsi devenir une fenêtre pour prendre conscience des liens entre notre corps, nos émotions et nos pensées. Nous pouvons apprendre à utiliser notre respiration pour moduler les mécanismes appris et convaincre notre cerveau que nous sommes réellement en sécurité et que nous n’avons pas besoin de l’alerte! 

Pour en savoir plus sur la façon dont nous pouvons utiliser la respiration pour influencer notre bien-être physique, émotionnel et mental, lisez nos prochains articles! 

 

La série de chroniques:

Intro : Oser respirer
1. Le diaphragme : Respirer activement
2. Respirer : l’offre et la demande
3. La respiration et la mobilité articulaire
4. Le diaphragme : Un réseau de connexions
5. La respiration et nos émotions
6. Comment le stress peut affecter la respiration
7. La respiration: Un outil puissant pour lier le corps et l’esprit
8. Moduler la respiration pour prendre le contrôle
9. Le pouvoir de la pleine conscience et de la méditation
10. Yoga: Transformer le corps et l’esprit

 

Références:
Prosko, S. (2019). Breathing and Pranayama in Pain Care. In: Pearson N, Prosko S, Sullivan M (Eds). Yoga and Science in Pain Care: Treating the Person in Pain. London, Uk: Singing Dragon Publishers; pp. 140-156.